------ 365 jours en Bourgogne ------ Le blog de Laurent Gotti

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Les vendanges retardées

30 Août 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #millésime 2014

Les vendanges vont se faire attendre quelques jours de plus en Bourgogne. La faute à des mois de juillet et d’août humides et déficitaires en soleil.

La récolte débutera avec cinq jours à une semaine de retard par rapport à la date initialement prévue. Il faudra attendre le 10 septembre au plus tôt pour voir les sécateurs à l’œuvre dans les rangs de vignes. Résultat de la fraîcheur de ces dernières semaines, les niveaux d’acidité sont encore élevés. Un constat confirmé par les professionnels dans l’ensemble du vignoble. C’est essentiellement ce facteur qui incite les producteurs à la patience.

Nicolas Cheveau, viticulteur à Solutré-Pouilly, a effectué ses premiers prélèvements. Certains de ses chardonnays affichent un très honorable 11° potentiel. Malgré ce temps peu estivale, les raisins se concentrent lentement mais sûrement en sucre. La chance de ce millésime est d’être précoce (grâce à un superbe printemps) : les raisins en fin de cycle profitent de cette période de l’année où les journées peuvent être encore longues et lumineuses pour parfaire leur maturité.

Géraud Aussendou, responsable qualité chez Bouchard Père et fils (Beaune), observe que les vignes peu ou modérément grêlées fin juin et début juillet se sont refait une santé.

2014 ne sera certainement pas le millésime du siècle, mais peut encore être d’un excellent niveau. La Bourgogne connaitrait alors, pour la première fois depuis 2009, un millésime de qualité et de quantité. Le ciel de septembre, souvent décisif en Bourgogne, devrait une nouvelle fois faire pencher la balance. Du bon ou du mauvais côté...

Photo : Une grappe de chardonnay en Côte de Beaune, ce 30 août.

 

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Dictionnaire amoureux des vins de Bourgogne (D)

26 Août 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dictionnaire amoureux des vins de Bourgogne

D comme Déclassé. « J’ai un plan pour acheter du vin déclassé. C’est beaucoup moins cher et tout aussi bon ! ». Qui n’a pas entendu un oncle, un cousin, ou un ami porté sur la bouteille, tenir ces propos sur un ton un rien fanfaron.

Passer pour un amateur de vin averti fait toujours son effet en société. Se vanter d’être, de surcroît, un as des bonnes affaires, c'est coup double…

Pour le connaisseur, le vrai, ce type d’annonce présage généralement que rien de fameux ne va remplir prochainement son verre.

La cuvée de derrière les fagots, la faveur du copain de copain vigneron, le vin de dessous le manteau, n’a le plus souvent que le gout de l’interdit.

Pourtant le repli d’une appellation dans une catégorie inférieure existe bel et bien. C’est une pratique tout à fait légale. Un producteur estimant que son nuits saint-georges premier cru, par exemple, ne présente pas le niveau qualitatif qu’il souhaite peut l'étiqueter comme simple « bourgogne ». Un cas de figure en fait rarissime. Le manque à gagner ne l’y encourage pas. Et puis rien ne l’oblige vraiment, si ce n’est la volonté de ne pas nuire à sa réputation. Mais en général, les vignerons qui tiennent à leur réputation trouveront un négociant peu regardant qui noiera la cuvée répudiée dans d’autres…
Le repli est aussi rarissime car les dégustations d’agrément des AOC n’éliminent qu’un faible pourcentage des vins contrôlés : les causes du refus d’agrément sont liés à des défauts manifestes plutôt qu’à une qualité trop juste.

En revanche, le repli est automatique et obligatoire en cas d’assemblage de deux appellations : l’assemblage d’un Chambertin avec un Clos de Vougeot donnera un… simple Bourgogne. Autant dire qu’il s’agit, là-aussi, d'un cas de figure relèvant de la fiction. Ce type d'assemblage ne cadre pas avec l'esprit de la région, ni avec le bénéfice à en tirer...

En fait, le commerce des vins dits « déclassés » ne rentre le plus souvent dans aucune de ces configurations. Il est surtout l’occasion de commercialiser des cuvées non conformes aux exigences minimums fixées par le cahier des charges des appellations d’origines contrôlées. Le manquement le plus fréquent est le dépassement du rendement. Le vin produit devrait être détruit. Il manquera le plus souvent de fond, d’expression aromatique et au final parlera bien peu de son terroir.

La vente des vins déclassés est pour le producteur, peu rigoureux, le moyen d’écouler au noir le fruit de son manque de professionnalisme. Et pour le consommateur, c’est le plus souvent l’assurance de payer, finalement cher, un vin qui n’aura que très peu d’intérêt…

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De Gevrey à Volnay, le terroir s'interprète

31 Juillet 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Bourgogne Aujourd'hui

Plus qu'une affaire de géologie ou de climatologie, le caractère d'un terroir résulte d'abord de la vision de ceux qui l'interprète. Démonstration.

Guillaume d'AngervilleFaisons un peu d'œnologie fiction. Imaginons que Bacchus se réveille un jour, l'humeur un rien facétieuse. Le jeu des chaises musicales l'amuse...
Lorsque la harpe magique s'arrête, les vignes de Volnay, en Côte de Beaune, sont désormais aux mains des viticulteurs de Gevrey-Chambertin en Côte de Nuits. Et réciproquement. Quelques mois plus tard, vendanges terminées, les vins sont en cave.
Non content de s'amuser avec les vignerons, Bacchus veut maintenant prendre du bon temps avec ses amis, ceux qui comme lui aiment le fruit de la vigne, surtout quand il est fermenté. Bref, les buveurs de ces appellations bourguignonnes à la personnalité bien affirmée. Y retrouveraient-ils leurs petits ? Le fameux style féminin, tout en dentelle, des volnay serait-il toujours au rendez-vous ? Le caractère plus masculin et solides des vins de Gevrey dominerait-il ?
Si l'on croit la prédominance de terroirs, comme c'est la règle en Bourgogne, la réponse semble aussi cristalline qu'un chablis : le terroir l'emporte bien évidemment. 

Je ne sais pas si Bacchus m'inviterais à sa table, mais j'ai pour ma part de sérieux doute sur l'évidence de la réponse. Je suis même quasi certain que ce petit jeu mettrait un beau bazard chez les convives.

Ce n'est pas ma récente interview de Guillaume d'Angerville (photo ci-dessus), à lire dans le prochain Bourgogne Aujourd'hui, à la tête de l'un des domaines historiques du village qui m'en détourne. Ce vigneron explique qu'un volnay se doit d'être tout en finesse. C'est le terroir qui le veut. Les vinifications doivent pencher dans ce sens :

"Il faut travailler dans l'extraction douce, respecter la délicatesse de ces terroirs au caractère féminin. Je suis partisan des extractions douces parce que j'ai toujours entendu mon père l'être. J'ai compris pourquoi : cela fait ressortir toutes les nuances et toute la délicatesse des grands vins de Volnay. La philosophie du domaine repose sur des interventions humaines limitées, laisser faire l'élevage le plus naturellement possible."

Il s'agit donc d'une vision du terroir transmise de génération en génération.*

La question se pose donc : un volnay est-il un vin fin parceque le sol, le sous-sol, le climat local en ont voulu ainsi ? Où est-ce l'homme par des pratiques traditionnelles (extraction douce) qui induit ce caractère. Difficile de faire la part entre les prédispositions naturelles et de l'idée, l'interprétation, que le vigneron se fait de celles-ci.

Un autre vigneron apporte par son expérience un éclairage sur cette question. Pierre Boillot est vigneron à Gevrey-Chambertin. Il est aussi, chose peu commune, propriétaire de vignes à Volnay. Longtemps ses clients lui ont fait remarquer que ses volnay ressemblaient à des gevrey : plus denses et plus masculins que l'image que l'on colle aux vins de l'appellation de Côte de Beaune.
Au fil des vinification, Pierre Boillot a appris à avoir la main plus légère, à travailler plus en finesse. Bref, il ne vinifie pas un volnay comme un gevrey.

L'élaboration d'un grand vin de terroir requiert des prédispositions naturelles peu commune. C'est évident. Mais c'est bien au final l'homme qui interpréte, souligne et parfois magnifie son terroir.
Un pouvoir que Bacchus, du haut de son Olympe, envie peut-être aux hommes et lui donne de temps à autre l'humeur taquine... 

* Le domaine d'Angerville a été un des précurseurs de la mise en bouteille à la propriété, dès les années 1920. Le grand-père de Guillaume d'Angerville, Sem, a aussi été l'un des fondateurs des appellations d'origine contrôlées.

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Bourgogne Aujourd'hui ausculte le millésime 2013

6 Juillet 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Bourgogne Aujourd'hui

C'est grave docteur ? A l'heure de se pencher sur le millésime 2013 les esprits n’étaient pas franchement à l’euphorie. Pourtant, les bonnes surprises ne manquent pas, en rouge surtout…  

Bourgogne Aujourd'hui 118En s’en souvient, le printemps 2013 a été pourri, inondé même, la pression des maladies ne s’est pas relâchée. Le cycle de la vigne s'est conclu sur une récolte tardive et donc sans grande maturité. Le funeste orage de grêle qui s’est abattu sur la Côte de Beaune le 23 juillet n'a évidemment pas arrangé les choses. Les ingrédients d’un millésime "noir" étaient réunis.
Mais broyer de l’obscur serait occulter le très bel été qu’a connu la Bourgogne cette année là. Il a pansé une bonne partie des plaies. Et les bons vignerons s’en sont une nouvelle fois tirés avec les honneurs.

Il fallait surtout ouvrir la bonne fenêtre. « La météo laissait peu de répit pour travailler dans les vignes », nous ont expliqué beaucoup de vignerons. Cette notion de fenêtre étroite s’est appliquée à la période de vendanges. Les raisins ont mûri doucement pendant l’été (la véraison a traîné), puis ont évolué très rapidement dans la dernière ligne droite. Surtout les blancs. Il a parfois fallu les récolter en urgence. Les vignerons dotés d’un sens de l’observation aiguisé et d’une grande réactivité pour aller récolter à la période optimale en ont tiré grand profit. Trois jours trop tôt, ou trop tard, pouvait faire la différence. Le sérieux du travail des producteurs dans la régulation des rendements, l’aération des raisins et le tri étant bien-sûr un préalable à une issue favorable : l'obtention d'une récolte avec un niveau de maturité correct, sans plus, mais de bonne constitution.    

La variabilité de qualité des cuvées reste très forte en 2013. Suffisamment en tout cas pour s’interdire de parler de grand millésime. Il s’est pourtant produit de savoureuses cuvées. En rouge surtout.

Autant à la vigne, il ne fallait pour les producteurs compter les efforts, autant le travail en cave réclamait du calme. La plupart des vignerons ont évité, à juste titre, de tomber dans l’interventionnisme. L’une des bonnes surprises de ce millésime aura été de voir les raisins livrer leur matière sans retenu. La plupart de vignerons ont évoqué des vinifications sans histoire.

Les rouges bien réussis présentent un fruité flatteur des matières assez denses mais sans aspérité. Les blancs sont dans l’ensemble assez souples et charmeurs mais sans doute de garde assez moyenne.

L’ensemble de nos sélections sur les 5 vignobles (Chablis, Côte de Nuits, Côte de Beaune, Côte Chalonnaise et Mâconnais), nos domaines coup de cœur et nos analyses sont à découvrir dans le numéro 118 de Bourgogne Aujourd’hui.

A lire également l’interview d’Olivier Jacquet (Historien), retour sur les bouleversements du phylloxéra (lire ici) et nos bonnes adresses dans le vignoble pour bien réussir un séjour en Bourgogne.

En kiosque cette semaine ou sur le site de Bourgogne Aujourd'hui

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Le vin naturel et les francs tireurs de l’amalgame

24 Juin 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique

Au pays des vins "plus verts que verts", il n’est jamais inutile de se mettre d’accord sur les termes utilisés. Car les débats s’enveniment vite dans le microcosme du vin et l’anathème est facilement décrété.

Verre de vin rougeJe suis « anti vin sans soufre » m’apprend un producteur de Côte de Nuits. Au détour d’un échange de vues musclé sur l’évolution des AOC (suite à cet article), il me fait ce procès en haute-ringardise.

Le terrain du « sans-soufre » est miné, j’avais déjà eu l’occasion de le constater…

Sans doute ce viticulteur confond-t-il mes prises de position contre la terminologie vins « natures », ou « naturels », et la louable recherche d’alternatives au soufre (ou à tout autres intrants œnologiques).

En 2011, une dégustation chez Pablo et Vincent Chevrot (Cheilly-lès-Maranges), mettant en parallèle la même cuvée soufrée et non soufrée, m’avait conduit à désigner - à l’aveugle- la cuvée non soufrée comme plus expressive et la plus croquante en bouche (lire ici).

Dès 2009, pour le troisième numéro de notre supplément Beaujolais Aujourd’hui, je suis parti à la rencontre de Mathieu Lapierre, Jean Foillard et Guy Breton, disciples méritants de Jules Chauvet. De passage en Alsace au printemps dernier, j’ai eu l’occasion de rendre visite à Patrick Meyer (Nothalten).

Comme attitude « anti sans soufre », on peut faire mieux…

Je loue volontiers la démarche de vignerons qui n’hésitent pas à se remettre en cause et à repousser les limites de leur art. Faire un grand vin implique une prise de risque… Se passer de soufre c'est, quand tout va bien, donner naissance à des vins au fruit préservé et particulièrement digestes. C'est aussi s'exposer à l'oxydation prématurée et à de multiples déviations microbiennes.
Le devoir d’explication, de décodage, et finalement de clarté d’un journaliste à ses lecteurs, exige que les points soient mis sur les « i » quand il le faut.
Le qualificatif de naturel (que l'on donne souvent aux vins sans soufre) est, au minimum, un fâcheux contre-sens, plus sûrement une tromperie (lire aussi ici). Le simple fait de planter de la vigne à haute densité et de la tailler tous les ans n’a rien de naturel. Le vin est profondément une construction humaine, un produit culturel.

Pourquoi donc cette mouvance fait elle tant parler, quand elle ne déchaine pas carrément les passions ? Le phénomène des vins dits naturels doit être mis en parallèle avec la montée en puissance du bio. Très longtemps resté marginal, le nombre de producteurs certifiés bio est devenu, depuis quelques années, conséquent. Cette approche se trouve maintenant « démocratisée », dévoyée diront certains, par la grande distribution. Il fallait donc qu’un nouveau segment apparaisse dans l’offre vin. Cavistes et bars à vins branchés y avaient tout intérêt pour proposer des vins aptes à séduire une clientèle en quête de cuvées exclusives, plus pointues et élitistes.
Comme le nouvel Omo « lave plus blanc que blanc », le vin plus vert que vert était né ! Morale de l'histoire : pensant fuir le marketing certains s'y sont vautrés dans les grandes largeurs...

« Oui, le vin n'est pas un produit naturel, mais on continuera à l'appeler comme ça, parce que tout le monde sait ce que c'est », écrivait le mois dernier le blogueur Olif. C’est surestimer les connaissances viticoles et œnologiques de nos compatriotes. Pour ma part, je ne me résouds pas à entendre parler de « vins naturels ». Quitte à ce que des francs-tireurs de l’amalgame m’en tiennent rigueur…

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A l’âge d’or de la Bourgogne

15 Juin 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Histoire

Avant la première guerre mondiale, la Bourgogne était un grand vignoble par la réputation, déjà, mais aussi par la taille…  En contraste avec la situation actuelle : le petit vignoble bourguignon n’arrive plus à faire face à la demande.

Gevrey Chambertin vignobleLa Bourgogne est un nain viticole : seulement 30 000 hectares de vignes. C’est quatre fois moins que Bordeaux, et plus de 10 fois moins que le Languedoc-Roussillon ! Une modestie subie, héritée de la crise du phylloxéra. Avant que cet insecte venu d’Amérique n’atteigne les départements bourguignons, en 1875, le vignoble s’étendait sur près de 118 000 hectares ! Le seul département de la Sâone-et-Loire comptait plus de ceps (43 000 ha) que la Bourgogne actuelle tout entière. « L’avant phylloxéra est perçu comme un âge d’or pour le vignoble », expose l’historien Olivier Jacquet. Avant la Grande Guerre, sa superficie était encore de plus du double de celle d’aujourd’hui.

La lutte contre la bestiole dévastatrice est à l’époque très onéreuse. L’insecticide utilisé, le sulfure de carbone, se montre coûteux. La solution durable consiste à greffer les cépages français sur des pieds de vignes américaines, résistantes à la piqûre de l’insecte. Elle implique d’arracher et de replanter. « C’est un déchirement pour les vignerons, en particulier pour les plus petits. Ils ne peuvent pas se permettre de tout perdre pendant quelques années (ndlr : il faut 4 ans après plantation pour que la vigne soit productive). C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup ne replanteront pas », précise Olivier Jacquet. Ainsi disparaissent les vignobles les moins rentables. Premiers tombés au front... A l’inverse le domaine de la Romanée-Conti s’est employé, jusqu’en 1945, à maintenir des vignes francs de pied (sans greffage).

Sur les terres laissées en friche, les Bourguignons plantent du cassis. Ces petits fruits donneront de fameuses liqueurs puis le kir. L’exploitation des carrières, comme celles de Comblanchien et de Corgoloin, prend aussi un essor inédit.

Le vignoble bourguignon continuera de décliner jusque dans les années 1950 pour tomber en dessous de 15 000 ha. Seuls les meilleurs terroirs sont maintenus en culture. Grâce, ou à cause, du phylloxéra, la Bourgogne réduite à ses meilleurs parcelles a affirmé sa vocation à produire des vins fins. Et surtout à peaufiner une culture du terroir d’une précision inégalée…

 

Photo : Vignoble de Gevrey-Chambertin.

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Cheval dans les vignes : une vraie fausse tradition

6 Juin 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique, #Histoire

Au garage le tracteur bruyant polluant ! Ces dernières années le cheval a fait un retour spectaculaire dans les vignes. Un retour à la tradition, vraiment ?

La plus belle conquête de l’homme est-elle aussi le meilleur allié du vigneron ? En matière de communication, le cheval est certainement un bon investissement. Il a de l’allure entre deux rangs de vignes au moment des labours. Il renvoie immanquablement à l’image d’Epinal du terroir éternel mené par des vignerons aux pratiques immuables et respectueuses de la nature. Il fait aussi du bon travail, tassant moins les sols que les roues du tracteur et améliorant au passage le bilan carbone de l’exploitation. Raisons pour certains domaines, aux finances confortables, de faire régulièrement appellent aux équidés. Les prestataires de ce type de service ont prospéré en Bourgogne ces dernières années.

On en viendrait à croire que le cheval a toujours travaillé dans les vignes. Grossière erreur...
Il faut attendre l’après phylloxéra (apparu en Bourgogne en 1875) pour le voir prendre sa part au labeur dans les vignes. Avant que l’insecte n’attaque, les vignes étaient plantées "en foule" et à hautes densités. Ces plantations aléatoires (par marcottage) rendaient le passage d’un cheval impossible. De même, le coût économique d’un tel animal et le temps nécessaire pour le soigner en faisait un auxiliaire relativement rare pour les vignerons.
C’est la replantation post-phylloxérique des vignes en ligne, avec piquets et fils de fer, qui a rendu le recours à l’animal possible au sein des vignobles. L’historien Olivier Jacquet, l’a constaté dans les statistiques de la fin du XIXe siècle : le nombre de chevaux et de mulets dans les villages viticoles n’explose qu’une fois la catastrophe du phylloxéra passée. Ces quadrupèdes sont en fait le signe d’un vignoble qui se modernise…

Le tracteur s’étant généralisé assez rapidement après la seconde guerre mondiale, le cheval n’aura connu ses heures de gloire seulement quelques décennies. En aucun cas le recours au cheval ne s’inscrit donc dans une quelconque tradition séculaire.
On en reste pas moins satisfait de le prendre en photo à la faveur d'une rencontre fortuite dans les vignes (ici en Côte de Beaune)...

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La vigne en fleur en Côte de Beaune

2 Juin 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #millésime 2014

La floraison a débuté en Côte de Beaune sur les pinots noirs (photo). Elle devrait battre son plein toute la semaine à venir. Les Chardonnay ont, quant à eux, pris de peu les devants la semaine dernière. L’application de la fameuse règle, rarement démentie, qui veut que l’on compte 100 jours entre la « pleine fleur » et le début des vendanges donne une récolte 2014 autour du 10-15 septembre.

L’avance prise en février-mars a donc été en partie perdue du fait des températures relativement fraîches ces dernières semaines.

La Bourgogne reste tout de même sur un profil de millésime précoce. L'année dernière la floraison du pinot noir s'était déroulée vers le 25 juin en Côte de Beaune !

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Dictionnaire amoureux des vins de Bourgogne (C)

24 Mai 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dictionnaire amoureux des vins de Bourgogne

C comme Chardonnay. Si la Bourgogne est une terre bénie pour les amateurs de grands vins blancs, c’est en grande partie à lui qu’elle le doit.
Le Chardonnay est une bonne pâte. Ce cépage se plait aussi bien sur les pentes du vignoble de Chablis, à l’extrémité nord de la Bourgogne, que sur les pittoresques reliefs de Pouilly-Fuissé et autres crus du Mâconnais. C’est d’ailleurs de l’un de ces villages, aux confins du sud de la région, qu’il serait né : Chardonnay (192 habitants).
La plante retranscrit fidèlement le terroir. La minéralité cristalline à Chablis. L’opulence à Chassagne-Montrachet ou Meursault (Côte de Beaune). Il a été le summum avec les grands crus de la famille Montrachet.
Denis Dubourdieu, célèbre œnologue Bordelais lui rend régulièrement hommage : « J'ai découvert, au tout début des années 80, tout ce que le cépage chardonnay peut donner sur de grands terroirs calcaires à la limite nord de culture de ce cépage. Ces vins m'ont fasciné par leur richesse de goût, la profondeur et la complexité des arômes: des notes à la fois citronnées, mentholées, de noisettes fraîches, beurrées, etc. J'ai été marqué également par ce que j'appelle la "sucrosité sans sucre", cette capacité à être à la fois très frais, dense et en même temps suave. 

Pour ne rien gâcher, le Chardonnay est accommodant. Contrairement au pinot noir, pour les rouges, il supporte des rendements assez confortables. Il se marie aussi très bien avec le fût de chêne pour donner des arômes toastés, vanillés ou de fruits secs. Autant de raisons expliquant qu’un blanc de Bourgogne déçoit moins rarement qu’un rouge. Ce dernier réclame plus exigence au viticulteur et se montre plus sensible aux aléas du millésime.
On ne se s’étonnera donc pas que le Chardonnay ait pris une place prépondérante en Bourgogne. Il occupe presque 60% de la superficie du vignoble. On ne sera pas davantage surpris qu’il ait conquis de nombreux vignobles des nouveaux pays producteurs : Australie, Californie, Nouvelle-Zélande, etc. Le Chardonnay est un cépage « mainstream », la star internationale des blancs. 


Photo : Une caisse de Chardonnay en provenance de Pouilly-Fuissé (cuvée Françoise Poisard) aux Hospices de Beaune (vendanges 2013).

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Retour vers le futur !

14 Mai 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique, #Grand cru

Les montants astronomiques des transactions dans les grands crus (voir ce billet sur le Clos des Lambrays) font les choux gras de la presse. Mais l'évolution de la Bourgogne "d'en bas" est bien différente. Et pas forcément moins inquiétante.

Le saviez-vous ? Une exploitation sur cinq a disparu en dix ans (-19%) en Bourgogne. Chiffre du dernier recensement agricole,  Michel Baldassini, président du Bureau interprofessionnel l’avait souligné dans l’indifférence quasi générale à l’automne dernier : « Beaucoup de vignerons atteignent l’âge de la retraite et une grande partie d’entre eux sont sans successeurs » a-t-il lancé. « 65% des exploitants de plus de 50 ans n’ont pas de repreneurs désignés en Bourgogne » confirme les statistiques du recensement. Les appellations régionales (l'entrée de gamme) sont évidemment  les principales touchées.

« Soit les exploitants n’ont pas d’héritiers, soit ces derniers ne souhaitent pas reprendre face à la difficulté d’un travail qui procure de faibles revenus », note Guillaume Pellenz, conseiller transmission à la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire. Il est difficile d’installer des salariés viticoles sur ces vignes. « Vu le prix du foncier, l’aspect financier coince pour eux », poursuit Guillaume Pellenz.

Cette restructuration silencieuse a profité aux exploitations les plus grandes. Les domaines de plus de 10 hectares ont enregistré une hausse de 23% de leur surface de vignes entre 2000 et 2010. La taille moyenne des exploitations est passée de 5,4 hectares à 7,6 hectares. Le "small is beautiful" est de moins en moins en vogue en Bourgogne… Le sacro-saint lien entre l’exploitant et son terroir est soumis à rude épreuve et risque de se distendre. Une évolution qui a de quoi susciter l’inquiétude.

L’actualité bourguignonne percutant quelques projets personnels de long de terme, le hasard m’a conduit à me replonger dans un livre remarquable. Une thèse sur les fondements de la qualité des vins de Bourgogne écrite par Rolande Gadille. Je vous en cite l’étonnante conclusion :

"Des abîmes se sont creusés - et tendent plutôt à s'élargir - entre les revenus que l'on peut attendre des grands crus ou des meilleurs appellations communales, et ceux que procurent (...) les plus modestes appellations. Une chaine de réaction résulte : la plus grave se traduit par la désaffection des viticulteurs pour les appellations peu prisées, et du même coup par le recul de la viticulture dans la plupart des secteurs dépourvus d'appellations-villages (...). En fin de compte, cette longue évolution dans le sens d'une exigeante délimitation des crus de toute grandeur aboutit à l'abandon d'une bonne part de l'espace viticole, et à une organisation de type aristocratique, qui pourrait bien n'être pas sans inconvénient pour les meilleurs crus eux-mêmes, actuel gagnants du système.
En effet, l'exiguë Côte bourguignonne, face à l'élargissement de sa clientèle (grâce au progrès des niveaux de vie dans les pays en développement, et à la favorable conjoncture économique actuelle) parvient à peine à faire face à une demande qui se porte de préférence sur les crus et les appellations de plus haut renom, et de production très réduite. Cette situation n'est pas toujours favorables à une stricte application des grandes traditions viti-vinicoles. En outre, l'effacement progressif des appellations régionales (...) risque de réduire la viticulture de la Côte à un squelette de crus et d'appellations communales dont la production en quantité dérisoire, ne suffira plus à alimenter un marché de bonne envergure.
"

Rolande Gadille, Le vignoble de la Côte Bourguignonne. Publication de l'Université de Dijon.

Un texte écrit en... 1967 !

 

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