------ 365 jours en Bourgogne ------ Le blog de Laurent Gotti

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Bourgogne Aujourd'hui ausculte le millésime 2013

6 Juillet 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Bourgogne Aujourd'hui

C'est grave docteur ? A l'heure de se pencher sur le millésime 2013 les esprits n’étaient pas franchement à l’euphorie. Pourtant, les bonnes surprises ne manquent pas, en rouge surtout…  

Bourgogne Aujourd'hui 118En s’en souvient, le printemps 2013 a été pourri, inondé même, la pression des maladies ne s’est pas relâchée. Le cycle de la vigne s'est conclu sur une récolte tardive et donc sans grande maturité. Le funeste orage de grêle qui s’est abattu sur la Côte de Beaune le 23 juillet n'a évidemment pas arrangé les choses. Les ingrédients d’un millésime "noir" étaient réunis.
Mais broyer de l’obscur serait occulter le très bel été qu’a connu la Bourgogne cette année là. Il a pansé une bonne partie des plaies. Et les bons vignerons s’en sont une nouvelle fois tirés avec les honneurs.

Il fallait surtout ouvrir la bonne fenêtre. « La météo laissait peu de répit pour travailler dans les vignes », nous ont expliqué beaucoup de vignerons. Cette notion de fenêtre étroite s’est appliquée à la période de vendanges. Les raisins ont mûri doucement pendant l’été (la véraison a traîné), puis ont évolué très rapidement dans la dernière ligne droite. Surtout les blancs. Il a parfois fallu les récolter en urgence. Les vignerons dotés d’un sens de l’observation aiguisé et d’une grande réactivité pour aller récolter à la période optimale en ont tiré grand profit. Trois jours trop tôt, ou trop tard, pouvait faire la différence. Le sérieux du travail des producteurs dans la régulation des rendements, l’aération des raisins et le tri étant bien-sûr un préalable à une issue favorable : l'obtention d'une récolte avec un niveau de maturité correct, sans plus, mais de bonne constitution.    

La variabilité de qualité des cuvées reste très forte en 2013. Suffisamment en tout cas pour s’interdire de parler de grand millésime. Il s’est pourtant produit de savoureuses cuvées. En rouge surtout.

Autant à la vigne, il ne fallait pour les producteurs compter les efforts, autant le travail en cave réclamait du calme. La plupart des vignerons ont évité, à juste titre, de tomber dans l’interventionnisme. L’une des bonnes surprises de ce millésime aura été de voir les raisins livrer leur matière sans retenu. La plupart de vignerons ont évoqué des vinifications sans histoire.

Les rouges bien réussis présentent un fruité flatteur des matières assez denses mais sans aspérité. Les blancs sont dans l’ensemble assez souples et charmeurs mais sans doute de garde assez moyenne.

L’ensemble de nos sélections sur les 5 vignobles (Chablis, Côte de Nuits, Côte de Beaune, Côte Chalonnaise et Mâconnais), nos domaines coup de cœur et nos analyses sont à découvrir dans le numéro 118 de Bourgogne Aujourd’hui.

A lire également l’interview d’Olivier Jacquet (Historien), retour sur les bouleversements du phylloxéra (lire ici) et nos bonnes adresses dans le vignoble pour bien réussir un séjour en Bourgogne.

En kiosque cette semaine ou sur le site de Bourgogne Aujourd'hui

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Le vin naturel et les francs tireurs de l’amalgame

24 Juin 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique

Au pays des vins "plus verts que verts", il n’est jamais inutile de se mettre d’accord sur les termes utilisés. Car les débats s’enveniment vite dans le microcosme du vin et l’anathème est facilement décrété.

Verre de vin rougeJe suis « anti vin sans soufre » m’apprend un producteur de Côte de Nuits. Au détour d’un échange de vues musclé sur l’évolution des AOC (suite à cet article), il me fait ce procès en haute-ringardise.

Le terrain du « sans-soufre » est miné, j’avais déjà eu l’occasion de le constater…

Sans doute ce viticulteur confond-t-il mes prises de position contre la terminologie vins « natures », ou « naturels », et la louable recherche d’alternatives au soufre (ou à tout autres intrants œnologiques).

En 2011, une dégustation chez Pablo et Vincent Chevrot (Cheilly-lès-Maranges), mettant en parallèle la même cuvée soufrée et non soufrée, m’avait conduit à désigner - à l’aveugle- la cuvée non soufrée comme plus expressive et la plus croquante en bouche (lire ici).

Dès 2009, pour le troisième numéro de notre supplément Beaujolais Aujourd’hui, je suis parti à la rencontre de Mathieu Lapierre, Jean Foillard et Guy Breton, disciples méritants de Jules Chauvet. De passage en Alsace au printemps dernier, j’ai eu l’occasion de rendre visite à Patrick Meyer (Nothalten).

Comme attitude « anti sans soufre », on peut faire mieux…

Je loue volontiers la démarche de vignerons qui n’hésitent pas à se remettre en cause et à repousser les limites de leur art. Faire un grand vin implique une prise de risque… Se passer de soufre c'est, quand tout va bien, donner naissance à des vins au fruit préservé et particulièrement digestes. C'est aussi s'exposer à l'oxydation prématurée et à de multiples déviations microbiennes.
Le devoir d’explication, de décodage, et finalement de clarté d’un journaliste à ses lecteurs, exige que les points soient mis sur les « i » quand il le faut.
Le qualificatif de naturel (que l'on donne souvent aux vins sans soufre) est, au minimum, un fâcheux contre-sens, plus sûrement une tromperie (lire aussi ici). Le simple fait de planter de la vigne à haute densité et de la tailler tous les ans n’a rien de naturel. Le vin est profondément une construction humaine, un produit culturel.

Pourquoi donc cette mouvance fait elle tant parler, quand elle ne déchaine pas carrément les passions ? Le phénomène des vins dits naturels doit être mis en parallèle avec la montée en puissance du bio. Très longtemps resté marginal, le nombre de producteurs certifiés bio est devenu, depuis quelques années, conséquent. Cette approche se trouve maintenant « démocratisée », dévoyée diront certains, par la grande distribution. Il fallait donc qu’un nouveau segment apparaisse dans l’offre vin. Cavistes et bars à vins branchés y avaient tout intérêt pour proposer des vins aptes à séduire une clientèle en quête de cuvées exclusives, plus pointues et élitistes.
Comme le nouvel Omo « lave plus blanc que blanc », le vin plus vert que vert était né ! Morale de l'histoire : pensant fuir le marketing certains s'y sont vautrés dans les grandes largeurs...

« Oui, le vin n'est pas un produit naturel, mais on continuera à l'appeler comme ça, parce que tout le monde sait ce que c'est », écrivait le mois dernier le blogueur Olif. C’est surestimer les connaissances viticoles et œnologiques de nos compatriotes. Pour ma part, je ne me résouds pas à entendre parler de « vins naturels ». Quitte à ce que des francs-tireurs de l’amalgame m’en tiennent rigueur…

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A l’âge d’or de la Bourgogne

15 Juin 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Histoire

Avant la première guerre mondiale, la Bourgogne était un grand vignoble par la réputation, déjà, mais aussi par la taille…  En contraste avec la situation actuelle : le petit vignoble bourguignon n’arrive plus à faire face à la demande.

Gevrey Chambertin vignobleLa Bourgogne est un nain viticole : seulement 30 000 hectares de vignes. C’est quatre fois moins que Bordeaux, et plus de 10 fois moins que le Languedoc-Roussillon ! Une modestie subie, héritée de la crise du phylloxéra. Avant que cet insecte venu d’Amérique n’atteigne les départements bourguignons, en 1875, le vignoble s’étendait sur près de 118 000 hectares ! Le seul département de la Sâone-et-Loire comptait plus de ceps (43 000 ha) que la Bourgogne actuelle tout entière. « L’avant phylloxéra est perçu comme un âge d’or pour le vignoble », expose l’historien Olivier Jacquet. Avant la Grande Guerre, sa superficie était encore de plus du double de celle d’aujourd’hui.

La lutte contre la bestiole dévastatrice est à l’époque très onéreuse. L’insecticide utilisé, le sulfure de carbone, se montre coûteux. La solution durable consiste à greffer les cépages français sur des pieds de vignes américaines, résistantes à la piqûre de l’insecte. Elle implique d’arracher et de replanter. « C’est un déchirement pour les vignerons, en particulier pour les plus petits. Ils ne peuvent pas se permettre de tout perdre pendant quelques années (ndlr : il faut 4 ans après plantation pour que la vigne soit productive). C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup ne replanteront pas », précise Olivier Jacquet. Ainsi disparaissent les vignobles les moins rentables. Premiers tombés au front... A l’inverse le domaine de la Romanée-Conti s’est employé, jusqu’en 1945, à maintenir des vignes francs de pied (sans greffage).

Sur les terres laissées en friche, les Bourguignons plantent du cassis. Ces petits fruits donneront de fameuses liqueurs puis le kir. L’exploitation des carrières, comme celles de Comblanchien et de Corgoloin, prend aussi un essor inédit.

Le vignoble bourguignon continuera de décliner jusque dans les années 1950 pour tomber en dessous de 15 000 ha. Seuls les meilleurs terroirs sont maintenus en culture. Grâce, ou à cause, du phylloxéra, la Bourgogne réduite à ses meilleurs parcelles a affirmé sa vocation à produire des vins fins. Et surtout à peaufiner une culture du terroir d’une précision inégalée…

 

Photo : Vignoble de Gevrey-Chambertin.

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Cheval dans les vignes : une vraie fausse tradition

6 Juin 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique, #Histoire

Au garage le tracteur bruyant polluant ! Ces dernières années le cheval a fait un retour spectaculaire dans les vignes. Un retour à la tradition, vraiment ?

La plus belle conquête de l’homme est-elle aussi le meilleur allié du vigneron ? En matière de communication, le cheval est certainement un bon investissement. Il a de l’allure entre deux rangs de vignes au moment des labours. Il renvoie immanquablement à l’image d’Epinal du terroir éternel mené par des vignerons aux pratiques immuables et respectueuses de la nature. Il fait aussi du bon travail, tassant moins les sols que les roues du tracteur et améliorant au passage le bilan carbone de l’exploitation. Raisons pour certains domaines, aux finances confortables, de faire régulièrement appellent aux équidés. Les prestataires de ce type de service ont prospéré en Bourgogne ces dernières années.

On en viendrait à croire que le cheval a toujours travaillé dans les vignes. Grossière erreur...
Il faut attendre l’après phylloxéra (apparu en Bourgogne en 1875) pour le voir prendre sa part au labeur dans les vignes. Avant que l’insecte n’attaque, les vignes étaient plantées "en foule" et à hautes densités. Ces plantations aléatoires (par marcottage) rendaient le passage d’un cheval impossible. De même, le coût économique d’un tel animal et le temps nécessaire pour le soigner en faisait un auxiliaire relativement rare pour les vignerons.
C’est la replantation post-phylloxérique des vignes en ligne, avec piquets et fils de fer, qui a rendu le recours à l’animal possible au sein des vignobles. L’historien Olivier Jacquet, l’a constaté dans les statistiques de la fin du XIXe siècle : le nombre de chevaux et de mulets dans les villages viticoles n’explose qu’une fois la catastrophe du phylloxéra passée. Ces quadrupèdes sont en fait le signe d’un vignoble qui se modernise…

Le tracteur s’étant généralisé assez rapidement après la seconde guerre mondiale, le cheval n’aura connu ses heures de gloire seulement quelques décennies. En aucun cas le recours au cheval ne s’inscrit donc dans une quelconque tradition séculaire.
On en reste pas moins satisfait de le prendre en photo à la faveur d'une rencontre fortuite dans les vignes (ici en Côte de Beaune)...

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La vigne en fleur en Côte de Beaune

2 Juin 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #millésime 2014

La floraison a débuté en Côte de Beaune sur les pinots noirs (photo). Elle devrait battre son plein toute la semaine à venir. Les Chardonnay ont, quant à eux, pris de peu les devants la semaine dernière. L’application de la fameuse règle, rarement démentie, qui veut que l’on compte 100 jours entre la « pleine fleur » et le début des vendanges donne une récolte 2014 autour du 10-15 septembre.

L’avance prise en février-mars a donc été en partie perdue du fait des températures relativement fraîches ces dernières semaines.

La Bourgogne reste tout de même sur un profil de millésime précoce. L'année dernière la floraison du pinot noir s'était déroulée vers le 25 juin en Côte de Beaune !

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Dictionnaire amoureux des vins de Bourgogne (C)

24 Mai 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dictionnaire amoureux des vins de Bourgogne

C comme Chardonnay. Si la Bourgogne est une terre bénie pour les amateurs de grands vins blancs, c’est en grande partie à lui qu’elle le doit.
Le Chardonnay est une bonne pâte. Ce cépage se plait aussi bien sur les pentes du vignoble de Chablis, à l’extrémité nord de la Bourgogne, que sur les pittoresques reliefs de Pouilly-Fuissé et autres crus du Mâconnais. C’est d’ailleurs de l’un de ces villages, aux confins du sud de la région, qu’il serait né : Chardonnay (192 habitants).
La plante retranscrit fidèlement le terroir. La minéralité cristalline à Chablis. L’opulence à Chassagne-Montrachet ou Meursault (Côte de Beaune). Il a été le summum avec les grands crus de la famille Montrachet.
Denis Dubourdieu, célèbre œnologue Bordelais lui rend régulièrement hommage : « J'ai découvert, au tout début des années 80, tout ce que le cépage chardonnay peut donner sur de grands terroirs calcaires à la limite nord de culture de ce cépage. Ces vins m'ont fasciné par leur richesse de goût, la profondeur et la complexité des arômes: des notes à la fois citronnées, mentholées, de noisettes fraîches, beurrées, etc. J'ai été marqué également par ce que j'appelle la "sucrosité sans sucre", cette capacité à être à la fois très frais, dense et en même temps suave. 

Pour ne rien gâcher, le Chardonnay est accommodant. Contrairement au pinot noir, pour les rouges, il supporte des rendements assez confortables. Il se marie aussi très bien avec le fût de chêne pour donner des arômes toastés, vanillés ou de fruits secs. Autant de raisons expliquant qu’un blanc de Bourgogne déçoit moins rarement qu’un rouge. Ce dernier réclame plus exigence au viticulteur et se montre plus sensible aux aléas du millésime.
On ne se s’étonnera donc pas que le Chardonnay ait pris une place prépondérante en Bourgogne. Il occupe presque 60% de la superficie du vignoble. On ne sera pas davantage surpris qu’il ait conquis de nombreux vignobles des nouveaux pays producteurs : Australie, Californie, Nouvelle-Zélande, etc. Le Chardonnay est un cépage « mainstream », la star internationale des blancs. 


Photo : Une caisse de Chardonnay en provenance de Pouilly-Fuissé (cuvée Françoise Poisard) aux Hospices de Beaune (vendanges 2013).

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Retour vers le futur !

14 Mai 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique, #Grand cru

Les montants astronomiques des transactions dans les grands crus (voir ce billet sur le Clos des Lambrays) font les choux gras de la presse. Mais l'évolution de la Bourgogne "d'en bas" est bien différente. Et pas forcément moins inquiétante.

Le saviez-vous ? Une exploitation sur cinq a disparu en dix ans (-19%) en Bourgogne. Chiffre du dernier recensement agricole,  Michel Baldassini, président du Bureau interprofessionnel l’avait souligné dans l’indifférence quasi générale à l’automne dernier : « Beaucoup de vignerons atteignent l’âge de la retraite et une grande partie d’entre eux sont sans successeurs » a-t-il lancé. « 65% des exploitants de plus de 50 ans n’ont pas de repreneurs désignés en Bourgogne » confirme les statistiques du recensement. Les appellations régionales (l'entrée de gamme) sont évidemment  les principales touchées.

« Soit les exploitants n’ont pas d’héritiers, soit ces derniers ne souhaitent pas reprendre face à la difficulté d’un travail qui procure de faibles revenus », note Guillaume Pellenz, conseiller transmission à la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire. Il est difficile d’installer des salariés viticoles sur ces vignes. « Vu le prix du foncier, l’aspect financier coince pour eux », poursuit Guillaume Pellenz.

Cette restructuration silencieuse a profité aux exploitations les plus grandes. Les domaines de plus de 10 hectares ont enregistré une hausse de 23% de leur surface de vignes entre 2000 et 2010. La taille moyenne des exploitations est passée de 5,4 hectares à 7,6 hectares. Le "small is beautiful" est de moins en moins en vogue en Bourgogne… Le sacro-saint lien entre l’exploitant et son terroir est soumis à rude épreuve et risque de se distendre. Une évolution qui a de quoi susciter l’inquiétude.

L’actualité bourguignonne percutant quelques projets personnels de long de terme, le hasard m’a conduit à me replonger dans un livre remarquable. Une thèse sur les fondements de la qualité des vins de Bourgogne écrite par Rolande Gadille. Je vous en cite l’étonnante conclusion :

"Des abîmes se sont creusés - et tendent plutôt à s'élargir - entre les revenus que l'on peut attendre des grands crus ou des meilleurs appellations communales, et ceux que procurent (...) les plus modestes appellations. Une chaine de réaction résulte : la plus grave se traduit par la désaffection des viticulteurs pour les appellations peu prisées, et du même coup par le recul de la viticulture dans la plupart des secteurs dépourvus d'appellations-villages (...). En fin de compte, cette longue évolution dans le sens d'une exigeante délimitation des crus de toute grandeur aboutit à l'abandon d'une bonne part de l'espace viticole, et à une organisation de type aristocratique, qui pourrait bien n'être pas sans inconvénient pour les meilleurs crus eux-mêmes, actuel gagnants du système.
En effet, l'exiguë Côte bourguignonne, face à l'élargissement de sa clientèle (grâce au progrès des niveaux de vie dans les pays en développement, et à la favorable conjoncture économique actuelle) parvient à peine à faire face à une demande qui se porte de préférence sur les crus et les appellations de plus haut renom, et de production très réduite. Cette situation n'est pas toujours favorables à une stricte application des grandes traditions viti-vinicoles. En outre, l'effacement progressif des appellations régionales (...) risque de réduire la viticulture de la Côte à un squelette de crus et d'appellations communales dont la production en quantité dérisoire, ne suffira plus à alimenter un marché de bonne envergure.
"

Rolande Gadille, Le vignoble de la Côte Bourguignonne. Publication de l'Université de Dijon.

Un texte écrit en... 1967 !

 

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Le patrimoine de l’humanité dans vos verres !

8 Mai 2014 , Rédigé par Laurent Gotti

Après le succès de la première édition, l’année dernière, A Portée de Vins, remet le couvert. Ou plutôt les verres...
Nous vous proposons de faire escale parmi 5 des vignobles inscrits au patrimoine mondial, verre en main. Cette dégustation se tiendra le 25 mai, à partir de 17h dans le magnifique cadre cistercien du Domaine du Clos de Tart (Morey-Saint-Denis).

Nous serons accompagnés de Myriam Laidet, animatrice du réseau Vitour (qui regroupe ces vignobles).
Au programme : des vins du Lavaux (Suisse), de Brunello di Montalcino (Toscane), du Douro (Portugal), de Pico (Acores), de la Vallée de la Loire… et de Bourgogne.

Les places sont gratuites mais limitées et les inscriptions obligatoires : info@climats-bourgogne.com



 


Tout le programme de la Semaine des Climats est à consulter en cliquant sur le logo ci-contre.

 

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Précoce ou surdoué ?

6 Mai 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Bourgogne Aujourd'hui

Bourgogne Aujourd’hui 117 est paru. Le précoce millésime 2011 y est à l’honneur. L’occasion de revenir sur ces années qui bousculent le calendrier. A l’heure où, une nouvelle fois, les vignes ont entamé leur cycle tout feu tout flamme…

Un nouveau numéro de Bourgogne Aujourd’hui vient de paraitre. Il fait la part belle aux chablis premiers et grand crus pour les blancs et aux chambolle-musigny et morey-saint-denis pour les rouges (irancy est aussi au programme). L’occasion de poursuivre nos dégustations du millésime 2011 en bouteille.

A la fin août de cette année 2011, les vendangeurs étaient déjà sur le pied de guerre. Pour la troisième fois en moins d’une décennie en Bourgogne, la récolte débutait avant les premiers jours de septembre. Elle s’inscrit donc dans un cycle de millésimes précoces entamée spectaculairement en 2003.

Une promptitude à répétition qui a, bien-sûr, alimentée les spéculations sur les effets du changement climatique. En attendant de constater à plus long terme si cette précocité tend à devenir la norme, les vins hérités de ces années « en avance sur le calendrier » permettent de tirer quelques enseignements. Au vu des dégustations menées ces derniers mois pour établir nos sélections, 2011 constitue certainement l’année la plus aboutie de ce trio.

L’ainé, 2003, a donné des vins d’une puissance rarement atteinte. Des cuvées issues de raisins déshydratés (très petits rendements), d’une concentration exceptionnelle mais parfois d’une certaine lourdeur. On leur a reproché un manque de typicité bourguignonne (les cuvées qui vieillissent bien n’en sont pourtant pas si éloignées). Le cadet, 2007, a livré des vins friands, expressifs sur le plan aromatique, mais sans grande matière en bouche. Ils évoluent assez rapidement.

Le benjamin, 2011, a connu un été peu ensoleillé mais des rendements entamés naturellement lors de la floraison. Le retour de la chaleur la récolte approchant a permis d’atteindre de bons niveaux de maturité, sans excès, tout en préservant la subtilité du pinot noir. Sur ces terroirs de la Côte de Nuits, comme à Chambolle et Morey, ce fameux pinot a fait mouche.       

« Ces millésimes ne donnent pas du tout le même rendu dans les vins. Cela s’explique par des schémas de développement de la vigne très différents. En 2011, le printemps a été doux et précoce mais les fins de maturité n’ont pas été précipitées comme en 2003. Quand il s’agit de vendanger savoir attendre est plus facile que d’être obligé de courir !, souligne Alain Serveau, œnologue de la maison Bichot. Les 2011 ont aussi davantage de concentration que les 2007 ».

Années précoce ou non, l’effet millésime reste donc très marquée dans une région septentrionale comme la Bourgogne. Un charme que même le changement climatique ne semble pouvoir rompre… 

 

Ma notation sur ces millésimes :
 

2003 (le millésime inclassable et indestructible pour les meilleures cuvées) 

Rouges : 16 sur 20 (A boire ou à garder)

Blancs : 14 sur 20 (A boire)
 

2007 (Précoce mais pas surdoué...)

Rouges : 14,5 sur 20 (A boire)

Blancs : 13 sur 20 (A boire)
 

2011 (Le millésime Casanova)

Rouges : 17 sur 20 (A boire après carafage ou à garder)

Blancs : 16 sur 20 (A boire ou à garder)

 

A découvrir aussi dans Bourgogne Aujourd’hui 117, nos focus terroirs (en rapport avec les dégustations de sélection) sur le chablis grand cru Grenouilles, le Clos Saint-Denis et le fameux premier cru de Chambolle-Musigny Les Amoureuses.
A lire également : l’interview de José Vouillamoz, généticien de cépages (lire aussi ces deux articles 1 et 2), un dossier sur la tonnellerie, une enquête sur l’appétit des investisseurs pour le vignoble bourguignon et une échappée sur le Piémont…

En kiosque 6 €  ou sur le site de Bourgogne Aujourd'hui.

 

 

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Arnault, Pinault... Clos !

21 Avril 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique, #Grand cru

Le rachat du Clos de Lambrays par LVMH signe l’entrée des grands crus de Bourgogne dans l’univers des marques de luxe. Faut-il s’en plaindre ?


L’honneur est sauf. Le  pavillon français flotte au-dessus du Clos de Lambrays (Morey-Saint-Denis). Le chinois propriétaire du Château de Gevrey-Chambertin était prêt, dit la rumeur, à signer à nouveau un gros chèque… La veuve de Günter Freund (propriétaire du Clos depuis 1996) a fait son choix. Il s’est porté sur le « leader mondial des produits de haute qualité », LVMH. Notre esprit patriotique, ou franchouillard, c’est selon, s’en trouve ménagée cette fois. Grâce à une allemande…
Dans la galaxie LVMH, le Clos des Lambrays rejoint ainsi Château Cheval Blanc, Yquem, Dom Perignon. Mais aussi Guerlain ou Dior…  Plus qu’un changement de propriétaire, un changement d’époque. Les grands vins de Bourgogne sont passés du statut de produits de culture à celui d’objets de luxe ces 10 dernières années.

« La Bourgogne semble, depuis quelques temps, être au centre de l’attention des grandes fortunes du monde entier », écrivait Frédéric Durand-Bazin dans un article du Figaro daté du 13 février dernier. Faut-il s’en réjouir ? Le précédent François Pinault, tend à répondre par la négative. Un petit rappel des faits : en 2006, l’homme d’affaires français (propriétaire du Château Latour à Bordeaux) reprenait le domaine Engel. La famille Engel faisait partie de ces « notables » de la Côte de Nuits, actifs notamment dans la Confrérie des Chevaliers du Tastevin. Philippe Engel est décrit (je n’ai malheureusement pas eu la chance de le rencontrer) comme une personnalité enthousiaste et entière, aimant parcourir les océans sur son voilier. L’homme ouvrait volontiers sa cave aux amateurs. Avec quelques arguments de séduction : Clos de Vougeot, Echezeaux, Grands-Echezeaux, etc. Il est brutalement décédé l’année de ses 50 ans.


François Pinault a racheté le domaine pour le rebaptiser Domaine d’Eugénie. La vinification a un temps été confiée au soin de la maison Albert Bichot.
Depuis… Rien. Le domaine d’Eugénie a disparu des écrans radars ou presque. Il ne présente pas de vins à la presse. On le voit pas ou très peu sur les cartes des restaurants de la région. Le domaine a aménagé de nouvelles installations, à Vosne-Romanée, en catimini. Une communication à minima… Pas plus nous n’avons de retour de clients nous expliquant avoir été enthousiasmés, ou déçus, lors d’une visite. Les prix des vins ont fortement augmentés (comme beaucoup d’autres producteurs), on l’aurait parié. Le domaine Engel est définitivement mort et enterré.


Parler de « prédateurs financiers » à propos de Pinault ou d’Arnault (PDG de LVMH), comme l’affirme certains, et un pas que nous ne franchirons pas. On ne peut toutefois se garder de faire le rapprochement avec un phénomène que les urbanistes connaissent bien : celui de la « gentrification » des centres villes. Le processus voit des acquéreurs aisés, étiquetés « bobos » le plus souvent, jeter leur dévolu sur des quartiers jusqu’alors occupés par des habitants moins favorisés. Le prix du mètre carré et les loyers augmentant rapidement les premiers chassent inexorablement les seconds. Le tissu économique et social s’en trouve complètement bousculé. Le quartier perd son âme. Le renchérissement des coûts de transmission à la génération suivante participe également de ce mouvement.
Un terroir est l’expression du tissu humain qu’il l’entoure et l’interprète. Un grand vin résulte d’une intention. Il est aussi une locomotive pour toute une région.  Et c’est bien pour cela que l’appétit de plus en plus aiguisé des fortunes mondiales pour les grands crus de Bourgogne n’est pas anodin. Elle se ressentira à tous niveaux. Le Clos des Lambrays restera-il un grand cru parmi les 33 autres que compte la Bourgogne ? Ou un marque, entre 60, dans le portefeuille de Louis-Vuitton-Moët-Hennessy ? Vu de Paris ou de Morey-Saint-Denis la réponse n’a évidemment pas les mêmes conséquences…
      

 

Photo : Le village de Vosne-Romanée, vu du Grand cru La Tâche.

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