------ 365 jours en Bourgogne ------ Le blog de Laurent Gotti

Articles récents

Scènes de vendanges aux Hospices de Beaune

15 Septembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #millésime 2014

Arrivée des raisins de meursault premier cru Charmes et de Beaune premier cru Les Avaux à la cuverie des Hospices de Beaune lors des vendanges 2014.

Les vendanges 2014 se poursuivent par un temps idéal en Bourgogne. Sur cette vidéo, on voit la mise dans le pressoir des raisins de meursault premier cru Charmes (cuvée A.Grivault). Après les pressurage, le moût est placé en cuve pour le débourbage (évacuation des matières les plus lourdes avant le départ en fermentation). Les stagiaires s'essaient à la lecture du mustimètre. Résultat : un joli 13° potentiel. Les raisins se sont bien concentrés en sucre grâce au soleil de ces dernières semaines. Pendant ce temps, sur un autre quai, des pinots noirs de beaune premier cru Les Avaux (cuvée M.Drouhin) font leur entrée à la cuverie, après passage sur table de tri et égrappage. Les raisins sont mis en cuve inox grace à un conquet qui évite le pompage.

Après les corton, coupés ce week-end, les Hospices de Beaune vont terminer leur récolte 2014 en milieu de semaine par les grands crus de la Côte de Nuits (clos de la Roche et mazis-chambertin).

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Des vendanges parasitées ?

11 Septembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #millésime 2014

La Bourgogne bénéficie d’une météorologie inespérée en ce début de vendanges. Les raisins gagnent en sucre et l’état sanitaire des grappes reste stable. Mais une petite bête suscite l’inquiétude…

Ces quinze derniers jours de temps ensoleillé et sec ont fait beaucoup de bien en Bourgogne : les raisins finissent de mûrir dans des conditions idéales. Les sécateurs sont en action dans quelques-uns des domaines les plus prestigieux de la région. Le domaine Leflaive (Puligny-Montrachet) ou encore les Hospices de Beaune ont commencé leurs vendanges hier matin.
Thierry Moreau, œnologue-conseil se dit « bien confiant pour ce millésime, si aucun accident climatique ne survient ». Implanté à Meursault, il a un œil particulièrement expert sur les blancs de la Côte de Beaune. « Les chardonnays atteignent 12 à 13° potentiels avec de bonnes acidités ». Des raisins parfaitement équilibrés, avec de la fraicheur. « Le profil de vin qui plait aux amateurs en ce moment et qui se montre capable d’un bon vieillissement ».

Un ciel sans nuage ou presque… Lorsque l’on se promène dans les vignes, il n’est pas rare d’avoir le nez qui picote. La faute à la « pourriture acide » comme l’appellent les vignerons. Elle serait provoquée par des drosophiles, plus communément nommées « mouche du vinaigre ». Une nouvelle espèce, originaire d’Asie, semble avoir trouvé le chemin de la Bourgogne. Elle est très friande d’espèces fruitières et donc de raisins. Peut-on trier les raisins altérés, comme on le fait avec la pourriture grise ? « Très difficile », répond Roland Masse, régisseur des Hospices de Beaune.

« Il faudra surveiller les acidités volatiles », précise Thierry Moreau pas plus perturbé que cela. En attendant d’évaluer un impact éventuel sur la qualité des vins, le sujet de conversation numéro un des vendanges 2014, entre vignerons, est bien là.

 

Photo : Drosophile sur une vigne de la Côte de Beaune le 10 septembre.

 

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Bourgogne Aujourd'hui : les 2012 débarquent en force

8 Septembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Bourgogne Aujourd'hui

Le nouveau Bourgogne Aujourd’hui est en kiosque cette semaine. Avec une décoiffante sélection de Gevrey-Chambertin 2012…

Test réussi haut la main ! Gevrey-Chambertin cartonne avec les 2012. Pour la première fois nous goûtions, en bouteille, des vins estampillés de ce millésime au cours de nos sélections (les 2011 étaient aussi au programme). Les résultats sont plus que probants, avec un pourcentage très significatif de vins passant la barre des 13 sur 20 : 65,5 %.

Comme 2010 en son temps, le millésime 2012 est arrivée sur la pointe des pieds. Les conditions d’une récolte de rêve semblaient loin d’être toutes remplies à l’heure des vendanges. Mais au fil des mois et de l’élevage, ce millésime s'est taillé une belle réputation chez les professionnels.
Notre dégustation montre qu’elle n’est pas usurpée. L’ampleur et la consistance des vins sont bien dignes d’une grande année : les petits rendements ont favorisé la concentration naturelle des raisins. Dès la floraison, marquée par la coulure et le millerandage, la vigne s’est trouvée en difficulté pour donner naissance à un nombre conséquent de grappes. L’échaudage (« coup de soleil » sur les raisins qui grille les baies) et les maladies cryptogamiques ont souvent mis les vignerons sur la brèche
tout au long du cycle. Peu nombreux, les raisins se sont donc aussi forgés une solide carapace. Rarement une année a donné des fruits aux peaux aussi épaisses.
Concentration de la matière mais aussi des composés aromatiques : des notes intenses de fruits noirs bien mûrs caractérisent l'année.
La différence de taille avec beaucoup d’autres millésimes, plus communs, comme l’ont été 2007 ou dans une moindre mesure 2011, tient au fait que la pourriture grise a épargné les raisins. « C’est un grand millésime, on y trouve tout ce que le pinot noir peut donner », confirme Bernard Bouvier (domaine René Bouvier).

Le plus enthousiasmant chez ces 2012 est de trouver de nombreux vins aux tannins d’une texture particulièrement harmonieuse. Le mérite en revient aussi aux vinificateurs. La plupart ont su garder la main légère sur les extractions pour éviter de durcir des vins qui, potentiellement, pouvaient présenter des tannins un peu raids. « Ce n’était pas forcément simple, il y avait un peu de réflexion à avoir », se souvient Pierre Boillot, vigneron.
Bref, 2012 est le beau bébé d’un cépage aux ressources étonnantes et du travail de vignerons qui ont su l’accompagner au mieux.

Ce numéro de Bourgogne Aujourd’hui dévoile les résultats de notre sélection des Gevrey-Chambertin (villages, premiers crus et grands crus) ainsi qu’un focus terroir sur le fameux grand cru Chambertin, illustré d’une carte du parcellaire des différents producteurs.

Une deuxième sélection porte sur les appellations régionales, bourgognes et  mâcons, avec un panel de 200 vins notés, à partir de 5 € la bouteille.

Jacques d’Angerville (vigneron à Volnay) est notre « Rencontre ». Lire aussi ici.

Le dossier est consacré aux bouchons et au retour en grâce du liège. La rubrique gastronomie se penche quant à elle sur le virage pris le groupe Loiseau.

Et beaucoup d'autres articles à découvrir...

Ce numéro s’accompagne d’un supplément Beaujolais (avec une sélection des beaujolais et beaujolais-villages 2013).

En kiosque 6,50 € ou sur le site de Bourgogne Aujourd'hui.

 

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BD : Un grand Bourgogne oublié

2 Septembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Livre

Une BD part sur les traces d’un bourgogne du millésime 1959, oublié et sans étiquette au fond d’une cave. Une fiction qui croise bien souvent la réalité…

Manu, vigneron bourguignon, rend visite à un ami dans le pavillon de chasse qu'il vient d'acquérir. La cave est pleine de veilles bouteilles prestigieuses. Lorsqu’il déguste l’une d’elle, à l’improviste, c’est la révélation. Manu est subjugué par ce vin du millésime 1959. Malheureusement, le vieux flacon n’a plus d’étiquette lisible. C’est le début d’une quête obsédante pour le vigneron : retrouver l’appellation, le terroir et le producteur de ce vin mystère. Il ne s’agit pas d’une simple curiosité : Emmanuel est sur le point d’acheter une parcelle de vignes sur laquelle il aimerait planter des pieds de pinots noirs issus de ce vignoble inconnu.

Le jeu de piste nous emmène à la rencontre de quelques personnalités du monde du vin : le caviste Bruno Queniou, son homologue Georges dos Santos, les vignerons bourguignons Jean-Louis Trapet, Bernard Michelot, Cécile Tremblay, l’œnologue David Croix, etc. Autant de personnalités que les lecteurs de Bourgogne Aujourd’hui ont croisé dans les colonnes de leur magazine.  Sans oublier le fameux Manu alias Emmanuel Guillot du domaine Guillot-Broux (Mâconnais).

Le lecteur se prend, sans aucun mal, au jeu de cette enquête menée par le vibrionnant Manu. Les dialogues sont parfois cocasses. Le rythme soutenu du scénario, mêlant fiction et personnages bien réels,  parvient à faire oublier les quelques raccourcis et grosses ficelles de l’histoire. Nul besoin d’être un fin connaisseur en œnologie pour en saisir les ressorts. Les lecteurs avertis pourront regretter des aspects didactiques un peu pesants. La BD n’évite pas non plus l’écueil d’une certaine « folklorisation » et caricature du monde du vin. Quelques erreurs factuelles sont aussi à signaler (comme cet improbable « cône de déjection volcanique » à Gevrey-Chambertin).
Cet album figure parmi les bonnes références dans le rayon, de plus en plus fourni, des bandes dessinées sur le vin. A ouvrir et à déguster rapidement, comme un vin fruité et gouleyant, en appellation village. La catégorie grand cru restant pour l’heure occupée par Les Ignorants
d’Etienne Davodeau

Par Manu Guillot, Hervé Richez, Boris Guilloteau.
Editions Bamboo. 18,90 €

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Les vendanges retardées

30 Août 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #millésime 2014

Les vendanges vont se faire attendre quelques jours de plus en Bourgogne. La faute à des mois de juillet et d’août humides et déficitaires en soleil.

La récolte débutera avec cinq jours à une semaine de retard par rapport à la date initialement prévue. Il faudra attendre le 10 septembre au plus tôt pour voir les sécateurs à l’œuvre dans les rangs de vignes. Résultat de la fraîcheur de ces dernières semaines, les niveaux d’acidité sont encore élevés. Un constat confirmé par les professionnels dans l’ensemble du vignoble. C’est essentiellement ce facteur qui incite les producteurs à la patience.

Nicolas Cheveau, viticulteur à Solutré-Pouilly, a effectué ses premiers prélèvements. Certains de ses chardonnays affichent un très honorable 11° potentiel. Malgré ce temps peu estivale, les raisins se concentrent lentement mais sûrement en sucre. La chance de ce millésime est d’être précoce (grâce à un superbe printemps) : les raisins en fin de cycle profitent de cette période de l’année où les journées peuvent être encore longues et lumineuses pour parfaire leur maturité.

Géraud Aussendou, responsable qualité chez Bouchard Père et fils (Beaune), observe que les vignes peu ou modérément grêlées fin juin et début juillet se sont refait une santé.

2014 ne sera certainement pas le millésime du siècle, mais peut encore être d’un excellent niveau. La Bourgogne connaitrait alors, pour la première fois depuis 2009, un millésime de qualité et de quantité. Le ciel de septembre, souvent décisif en Bourgogne, devrait une nouvelle fois faire pencher la balance. Du bon ou du mauvais côté...

Photo : Une grappe de chardonnay en Côte de Beaune, ce 30 août.

 

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Dictionnaire amoureux des vins de Bourgogne (D)

26 Août 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dictionnaire amoureux des vins de Bourgogne

D comme Déclassé. « J’ai un plan pour acheter du vin déclassé. C’est beaucoup moins cher et tout aussi bon ! ». Qui n’a pas entendu un oncle, un cousin, ou un ami porté sur la bouteille, tenir ces propos sur un ton un rien fanfaron.

Passer pour un amateur de vin averti fait toujours son effet en société. Se vanter d’être, de surcroît, un as des bonnes affaires, c'est coup double…

Pour le connaisseur, le vrai, ce type d’annonce présage généralement que rien de fameux ne va remplir prochainement son verre.

La cuvée de derrière les fagots, la faveur du copain de copain vigneron, le vin de dessous le manteau, n’a le plus souvent que le gout de l’interdit.

Pourtant le repli d’une appellation dans une catégorie inférieure existe bel et bien. C’est une pratique tout à fait légale. Un producteur estimant que son nuits saint-georges premier cru, par exemple, ne présente pas le niveau qualitatif qu’il souhaite peut l'étiqueter comme simple « bourgogne ». Un cas de figure en fait rarissime. Le manque à gagner ne l’y encourage pas. Et puis rien ne l’oblige vraiment, si ce n’est la volonté de ne pas nuire à sa réputation. Mais en général, les vignerons qui tiennent à leur réputation trouveront un négociant peu regardant qui noiera la cuvée répudiée dans d’autres…
Le repli est aussi rarissime car les dégustations d’agrément des AOC n’éliminent qu’un faible pourcentage des vins contrôlés : les causes du refus d’agrément sont liés à des défauts manifestes plutôt qu’à une qualité trop juste.

En revanche, le repli est automatique et obligatoire en cas d’assemblage de deux appellations : l’assemblage d’un Chambertin avec un Clos de Vougeot donnera un… simple Bourgogne. Autant dire qu’il s’agit, là-aussi, d'un cas de figure relèvant de la fiction. Ce type d'assemblage ne cadre pas avec l'esprit de la région, ni avec le bénéfice à en tirer...

En fait, le commerce des vins dits « déclassés » ne rentre le plus souvent dans aucune de ces configurations. Il est surtout l’occasion de commercialiser des cuvées non conformes aux exigences minimums fixées par le cahier des charges des appellations d’origines contrôlées. Le manquement le plus fréquent est le dépassement du rendement. Le vin produit devrait être détruit. Il manquera le plus souvent de fond, d’expression aromatique et au final parlera bien peu de son terroir.

La vente des vins déclassés est pour le producteur, peu rigoureux, le moyen d’écouler au noir le fruit de son manque de professionnalisme. Et pour le consommateur, c’est le plus souvent l’assurance de payer, finalement cher, un vin qui n’aura que très peu d’intérêt…

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De Gevrey à Volnay, le terroir s'interprète

31 Juillet 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Bourgogne Aujourd'hui

Plus qu'une affaire de géologie ou de climatologie, le caractère d'un terroir résulte d'abord de la vision de ceux qui l'interprète. Démonstration.

Guillaume d'AngervilleFaisons un peu d'œnologie fiction. Imaginons que Bacchus se réveille un jour, l'humeur un rien facétieuse. Le jeu des chaises musicales l'amuse...
Lorsque la harpe magique s'arrête, les vignes de Volnay, en Côte de Beaune, sont désormais aux mains des viticulteurs de Gevrey-Chambertin en Côte de Nuits. Et réciproquement. Quelques mois plus tard, vendanges terminées, les vins sont en cave.
Non content de s'amuser avec les vignerons, Bacchus veut maintenant prendre du bon temps avec ses amis, ceux qui comme lui aiment le fruit de la vigne, surtout quand il est fermenté. Bref, les buveurs de ces appellations bourguignonnes à la personnalité bien affirmée. Y retrouveraient-ils leurs petits ? Le fameux style féminin, tout en dentelle, des volnay serait-il toujours au rendez-vous ? Le caractère plus masculin et solides des vins de Gevrey dominerait-il ?
Si l'on croit la prédominance de terroirs, comme c'est la règle en Bourgogne, la réponse semble aussi cristalline qu'un chablis : le terroir l'emporte bien évidemment. 

Je ne sais pas si Bacchus m'inviterais à sa table, mais j'ai pour ma part de sérieux doute sur l'évidence de la réponse. Je suis même quasi certain que ce petit jeu mettrait un beau bazard chez les convives.

Ce n'est pas ma récente interview de Guillaume d'Angerville (photo ci-dessus), à lire dans le prochain Bourgogne Aujourd'hui, à la tête de l'un des domaines historiques du village qui m'en détourne. Ce vigneron explique qu'un volnay se doit d'être tout en finesse. C'est le terroir qui le veut. Les vinifications doivent pencher dans ce sens :

"Il faut travailler dans l'extraction douce, respecter la délicatesse de ces terroirs au caractère féminin. Je suis partisan des extractions douces parce que j'ai toujours entendu mon père l'être. J'ai compris pourquoi : cela fait ressortir toutes les nuances et toute la délicatesse des grands vins de Volnay. La philosophie du domaine repose sur des interventions humaines limitées, laisser faire l'élevage le plus naturellement possible."

Il s'agit donc d'une vision du terroir transmise de génération en génération.*

La question se pose donc : un volnay est-il un vin fin parceque le sol, le sous-sol, le climat local en ont voulu ainsi ? Où est-ce l'homme par des pratiques traditionnelles (extraction douce) qui induit ce caractère. Difficile de faire la part entre les prédispositions naturelles et de l'idée, l'interprétation, que le vigneron se fait de celles-ci.

Un autre vigneron apporte par son expérience un éclairage sur cette question. Pierre Boillot est vigneron à Gevrey-Chambertin. Il est aussi, chose peu commune, propriétaire de vignes à Volnay. Longtemps ses clients lui ont fait remarquer que ses volnay ressemblaient à des gevrey : plus denses et plus masculins que l'image que l'on colle aux vins de l'appellation de Côte de Beaune.
Au fil des vinification, Pierre Boillot a appris à avoir la main plus légère, à travailler plus en finesse. Bref, il ne vinifie pas un volnay comme un gevrey.

L'élaboration d'un grand vin de terroir requiert des prédispositions naturelles peu commune. C'est évident. Mais c'est bien au final l'homme qui interpréte, souligne et parfois magnifie son terroir.
Un pouvoir que Bacchus, du haut de son Olympe, envie peut-être aux hommes et lui donne de temps à autre l'humeur taquine... 

* Le domaine d'Angerville a été un des précurseurs de la mise en bouteille à la propriété, dès les années 1920. Le grand-père de Guillaume d'Angerville, Sem, a aussi été l'un des fondateurs des appellations d'origine contrôlées.

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Bourgogne Aujourd'hui ausculte le millésime 2013

6 Juillet 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Bourgogne Aujourd'hui

C'est grave docteur ? A l'heure de se pencher sur le millésime 2013 les esprits n’étaient pas franchement à l’euphorie. Pourtant, les bonnes surprises ne manquent pas, en rouge surtout…  

Bourgogne Aujourd'hui 118En s’en souvient, le printemps 2013 a été pourri, inondé même, la pression des maladies ne s’est pas relâchée. Le cycle de la vigne s'est conclu sur une récolte tardive et donc sans grande maturité. Le funeste orage de grêle qui s’est abattu sur la Côte de Beaune le 23 juillet n'a évidemment pas arrangé les choses. Les ingrédients d’un millésime "noir" étaient réunis.
Mais broyer de l’obscur serait occulter le très bel été qu’a connu la Bourgogne cette année là. Il a pansé une bonne partie des plaies. Et les bons vignerons s’en sont une nouvelle fois tirés avec les honneurs.

Il fallait surtout ouvrir la bonne fenêtre. « La météo laissait peu de répit pour travailler dans les vignes », nous ont expliqué beaucoup de vignerons. Cette notion de fenêtre étroite s’est appliquée à la période de vendanges. Les raisins ont mûri doucement pendant l’été (la véraison a traîné), puis ont évolué très rapidement dans la dernière ligne droite. Surtout les blancs. Il a parfois fallu les récolter en urgence. Les vignerons dotés d’un sens de l’observation aiguisé et d’une grande réactivité pour aller récolter à la période optimale en ont tiré grand profit. Trois jours trop tôt, ou trop tard, pouvait faire la différence. Le sérieux du travail des producteurs dans la régulation des rendements, l’aération des raisins et le tri étant bien-sûr un préalable à une issue favorable : l'obtention d'une récolte avec un niveau de maturité correct, sans plus, mais de bonne constitution.    

La variabilité de qualité des cuvées reste très forte en 2013. Suffisamment en tout cas pour s’interdire de parler de grand millésime. Il s’est pourtant produit de savoureuses cuvées. En rouge surtout.

Autant à la vigne, il ne fallait pour les producteurs compter les efforts, autant le travail en cave réclamait du calme. La plupart des vignerons ont évité, à juste titre, de tomber dans l’interventionnisme. L’une des bonnes surprises de ce millésime aura été de voir les raisins livrer leur matière sans retenu. La plupart de vignerons ont évoqué des vinifications sans histoire.

Les rouges bien réussis présentent un fruité flatteur des matières assez denses mais sans aspérité. Les blancs sont dans l’ensemble assez souples et charmeurs mais sans doute de garde assez moyenne.

L’ensemble de nos sélections sur les 5 vignobles (Chablis, Côte de Nuits, Côte de Beaune, Côte Chalonnaise et Mâconnais), nos domaines coup de cœur et nos analyses sont à découvrir dans le numéro 118 de Bourgogne Aujourd’hui.

A lire également l’interview d’Olivier Jacquet (Historien), retour sur les bouleversements du phylloxéra (lire ici) et nos bonnes adresses dans le vignoble pour bien réussir un séjour en Bourgogne.

En kiosque cette semaine ou sur le site de Bourgogne Aujourd'hui

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Le vin naturel et les francs tireurs de l’amalgame

24 Juin 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique

Au pays des vins "plus verts que verts", il n’est jamais inutile de se mettre d’accord sur les termes utilisés. Car les débats s’enveniment vite dans le microcosme du vin et l’anathème est facilement décrété.

Verre de vin rougeJe suis « anti vin sans soufre » m’apprend un producteur de Côte de Nuits. Au détour d’un échange de vues musclé sur l’évolution des AOC (suite à cet article), il me fait ce procès en haute-ringardise.

Le terrain du « sans-soufre » est miné, j’avais déjà eu l’occasion de le constater…

Sans doute ce viticulteur confond-t-il mes prises de position contre la terminologie vins « natures », ou « naturels », et la louable recherche d’alternatives au soufre (ou à tout autres intrants œnologiques).

En 2011, une dégustation chez Pablo et Vincent Chevrot (Cheilly-lès-Maranges), mettant en parallèle la même cuvée soufrée et non soufrée, m’avait conduit à désigner - à l’aveugle- la cuvée non soufrée comme plus expressive et la plus croquante en bouche (lire ici).

Dès 2009, pour le troisième numéro de notre supplément Beaujolais Aujourd’hui, je suis parti à la rencontre de Mathieu Lapierre, Jean Foillard et Guy Breton, disciples méritants de Jules Chauvet. De passage en Alsace au printemps dernier, j’ai eu l’occasion de rendre visite à Patrick Meyer (Nothalten).

Comme attitude « anti sans soufre », on peut faire mieux…

Je loue volontiers la démarche de vignerons qui n’hésitent pas à se remettre en cause et à repousser les limites de leur art. Faire un grand vin implique une prise de risque… Se passer de soufre c'est, quand tout va bien, donner naissance à des vins au fruit préservé et particulièrement digestes. C'est aussi s'exposer à l'oxydation prématurée et à de multiples déviations microbiennes.
Le devoir d’explication, de décodage, et finalement de clarté d’un journaliste à ses lecteurs, exige que les points soient mis sur les « i » quand il le faut.
Le qualificatif de naturel (que l'on donne souvent aux vins sans soufre) est, au minimum, un fâcheux contre-sens, plus sûrement une tromperie (lire aussi ici). Le simple fait de planter de la vigne à haute densité et de la tailler tous les ans n’a rien de naturel. Le vin est profondément une construction humaine, un produit culturel.

Pourquoi donc cette mouvance fait elle tant parler, quand elle ne déchaine pas carrément les passions ? Le phénomène des vins dits naturels doit être mis en parallèle avec la montée en puissance du bio. Très longtemps resté marginal, le nombre de producteurs certifiés bio est devenu, depuis quelques années, conséquent. Cette approche se trouve maintenant « démocratisée », dévoyée diront certains, par la grande distribution. Il fallait donc qu’un nouveau segment apparaisse dans l’offre vin. Cavistes et bars à vins branchés y avaient tout intérêt pour proposer des vins aptes à séduire une clientèle en quête de cuvées exclusives, plus pointues et élitistes.
Comme le nouvel Omo « lave plus blanc que blanc », le vin plus vert que vert était né ! Morale de l'histoire : pensant fuir le marketing certains s'y sont vautrés dans les grandes largeurs...

« Oui, le vin n'est pas un produit naturel, mais on continuera à l'appeler comme ça, parce que tout le monde sait ce que c'est », écrivait le mois dernier le blogueur Olif. C’est surestimer les connaissances viticoles et œnologiques de nos compatriotes. Pour ma part, je ne me résouds pas à entendre parler de « vins naturels ». Quitte à ce que des francs-tireurs de l’amalgame m’en tiennent rigueur…

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A l’âge d’or de la Bourgogne

15 Juin 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Histoire

Avant la première guerre mondiale, la Bourgogne était un grand vignoble par la réputation, déjà, mais aussi par la taille…  En contraste avec la situation actuelle : le petit vignoble bourguignon n’arrive plus à faire face à la demande.

Gevrey Chambertin vignobleLa Bourgogne est un nain viticole : seulement 30 000 hectares de vignes. C’est quatre fois moins que Bordeaux, et plus de 10 fois moins que le Languedoc-Roussillon ! Une modestie subie, héritée de la crise du phylloxéra. Avant que cet insecte venu d’Amérique n’atteigne les départements bourguignons, en 1875, le vignoble s’étendait sur près de 118 000 hectares ! Le seul département de la Sâone-et-Loire comptait plus de ceps (43 000 ha) que la Bourgogne actuelle tout entière. « L’avant phylloxéra est perçu comme un âge d’or pour le vignoble », expose l’historien Olivier Jacquet. Avant la Grande Guerre, sa superficie était encore de plus du double de celle d’aujourd’hui.

La lutte contre la bestiole dévastatrice est à l’époque très onéreuse. L’insecticide utilisé, le sulfure de carbone, se montre coûteux. La solution durable consiste à greffer les cépages français sur des pieds de vignes américaines, résistantes à la piqûre de l’insecte. Elle implique d’arracher et de replanter. « C’est un déchirement pour les vignerons, en particulier pour les plus petits. Ils ne peuvent pas se permettre de tout perdre pendant quelques années (ndlr : il faut 4 ans après plantation pour que la vigne soit productive). C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup ne replanteront pas », précise Olivier Jacquet. Ainsi disparaissent les vignobles les moins rentables. Premiers tombés au front... A l’inverse le domaine de la Romanée-Conti s’est employé, jusqu’en 1945, à maintenir des vignes francs de pied (sans greffage).

Sur les terres laissées en friche, les Bourguignons plantent du cassis. Ces petits fruits donneront de fameuses liqueurs puis le kir. L’exploitation des carrières, comme celles de Comblanchien et de Corgoloin, prend aussi un essor inédit.

Le vignoble bourguignon continuera de décliner jusque dans les années 1950 pour tomber en dessous de 15 000 ha. Seuls les meilleurs terroirs sont maintenus en culture. Grâce, ou à cause, du phylloxéra, la Bourgogne réduite à ses meilleurs parcelles a affirmé sa vocation à produire des vins fins. Et surtout à peaufiner une culture du terroir d’une précision inégalée…

 

Photo : Vignoble de Gevrey-Chambertin.

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